Récompensé par le Prix Pulitzer (le Goncourt américain) en 2007 et précédé d'une réputation ultra-flateuse dans toute la presse française et internationale, j'ai profité de sa sortie en "poche" pour me colleter à La Route de Cormac McCarthy.

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Très simple et très difficile à résumer, vu le peu de matière. A une époque indéterminée mais post-apocalyptique, un homme et son fils parcourent une route les menant vers le Sud et la mer pour fuir des "méchants" cannibales (y a plus rien à bouffer sur terre) mais aussi pour atteindre ... euh ... on ne le saura jamais! Chemin faisant, où tout est gris, sombre, brûlé, cendré, l'"homme" et le "petit" n'échangent que des propos sommaires (j'ai peur, j'ai faim, j'ai froid, d'accord) et fouillent des habitations abandonnées à la recherche de nourriture. Point.

Le style d'écriture est à l'image de l'intrigue, très sommaire, avare en ponctuations (une virgule par page, un point de temps en temps) et découpé en paragraphes de 20 lignes maximum.

Perso, ça m'a laissé froid et indifférent. Le côté philosophique du style "d'où je viens? Où va-t-on? On n'a jamais existé et on n'existera jamais" aussi. Mais, pour relativiser, je dois dire que, par exemple,  "La peste" aussi m'a laissé aussi froid.

Il m'étonne même qu'on vient d'en faire un film (The Road) avec si peu de matière, que tous les critiques attendent avec curiosité (il constitue le "clou" de l'actuelle Biennale de Venise) et dont La bande-annonce est visible ici.

Alors, en vue de comprendre pourquoi ce bouquin est tellement "retentissant", ma curiosité m'a amené à fureter sur des sites de critiques littéraires pour connaître d'autres avis.

Une grosse majorité est, en effet,  éblouie, n'abandonnant que de rares déçus.

Voici donc une critique enthousiaste.

Il y a l’homme, il y a l’enfant, le père et le fils. Pas de nom, pas de prénom. Transcendance de l’identité.

Il y a la route, la forêt, la plage. Pas de nom, pas de numéro, pas même de pays ou de continent. Transcendance du lieu.

Il n’y a pas de date, pas de calendrier, pas d’âge. Transcendance du temps.

Il n’y a plus de soleil, plus de lune, une lumière blafarde. Transcendance de l’espace.

Il n’y a pas d’histoire, pas d’explication, pas de pourquoi, pas de comment. On sait qu’un jour un homme a vu une lumière au loin et qu’il a fait couler un bain pour lui et sa femme. On sait que la femme a accouché à la lumière d’une lampe de poche. On sait qu’elle est partie… Et aujourd’hui (quand ?) le père et le fils descendent vers le sud (quel sud ?). Depuis quand ? Depuis longtemps car le fils semble avoir dans les cinq ans (par ses répliques, pas par information de McCarthy). On sait qu’ils avancent, qu’ils avancent, qu’ils avancent et qu’ils cherchent de la nourriture… Parfois ils trouvent une manne céleste, cave cachée ou bateau échoué et ont de la nourriture pour plusieurs semaines… et puis, le paragraphe suivant, ils n’ont déjà plus rien ! Que s’est-il passé entre ? Rien ? Tout ? Transcendance de la chronologie.

Le père est doué ! Il sait tirer au pistolet, il sait recoudre une plaie, il sait comment fonctionne un moteur, il connaît le corps humain, il sait quelle vitamine est indispensable, il sait ce qu’il faut faire, quand il faut le faire, il sait que les rencontres sont dangereuses, il connaît l’homme… mais qui est-il ? qui était-il surtout ? On ne sait qu’une chose : aujourd’hui, il SAIT tout, il EST tout. Transcendance de l’individualité.

Leurs dialogues sont épurés au maximum, des phrases courtes, des pensées plus que des expressions, des non-dits plus que des formulations. La lecture entre les lignes est au moins aussi forte, sinon plus… Transcendance du genre.

Que reste-t-il alors ? Il reste probablement ce qu’il y a de plus beau, la description de la relation entre ce père et ce fils qui doivent survivre… L’amour incroyable qui les unit. La rage et la force de l’un, la lumière et la bonté de l’autre… Au-delà de l’espoir, malgré tout, au-delà de l’espoir… ma foi… il y a l’amour !

McCarthy a réussi ici un véritable chef-d’œuvre, une œuvre « non-littéraire » qui les surpasse toutes ! Exceptionnel !

Et ici un critique amèr.

Je ne mets que deux étoiles à ce livre. Je l'ai entamé avec une immense curiosité, m'attendant à lire le livre du siècle mais comme la chute a été dure ! En effet, tout au long de la lecture je n'ai éprouvé qu'un mortel ennui. C'est bien beau les descriptions de paysages ravagés et de campagne dévastée mais quand ça s'étire sur plus de deux cent cinquante pages, trop c'est trop. L'écriture est très ordinaire, pas poétique pour deux sous et les répétitions sont vraiment agaçantes. Certaines expressions reviennent presque à toutes les pages comme "Ça va aller", "ils abandonnèrent le caddie dans les bois", "il mangèrent une boîte de haricots blancs" etc... Car ce livre ne fait que décrire la marche d'un père et son fils dans un monde dévasté. Bon, mais il faut tout de même qu'il se passe quelque chose pour faire un livre ! L'auteur se contente de nous décrire ce qu'ils mangent, ce qu'ils trouvent d'utile dans les maisons abandonnées, comment ils passent la nuit, comment ils réussissent parfois à se laver et ainsi de suite. Il place de temps à autre des descriptions de cadavres assez horribles pour secouer un peu son lecteur endormi !

Tout ça a déjà été écrit et bien mieux par d'autres. Non, vraiment, cette lecture m'a agaçé au plus haut point. Quelle prétention de la part de l'auteur. Quand je lis des phrases comme : "Ils dégagèrent le caddie des broussailles sous lesquelles ils l'avaient caché..." et "Ils laissèrent le caddie renversé dans un champ de carex" presque à toutes les deux pages, vraiment, c'est ridicule ! Et plus loin, l'auteur se prend pour un poète mais voici ce que ça donne : "(...) l'arrière-garde de cette misérable horde semblait s'attarder comme une image rétinienne dans l'air altéré." !

Non, je n'ai rien aimé dans ce livre, ni l'écriture, ni la supposée philosophie, ni l'histoire inexistante, ni les personnages. Je ressors de cette lecture profondément irritée et je passe à autre chose bien vite !