Houellebecq

Houellebecq, un nom qui était sur toutes les lèvres lors de la rentrée littéraire 2005, non seulement à cause du battage médiatique mais aussi parce qu'avec La possibilité d'une île on trouvait soi-disant là sa meilleure oeuvre (qui faillit d'ailleurs obtenir le Prix Goncourt). Y a plein plein de choses à en dire! Ayant lu ses livres majeurs précédents ("Extension du domaine de la lutte", "Les particules élémentaires" et "Plateforme") j'ai abordé celui-ci emprunt du scepticisme que les deux premiers avaient suscité en moi et de l'enthousiasme pour le dernier. Alors quid de ce roman-ci? Le résumé qui suit n'est pas de moi, l'analyse et les compléments, bien.

Au cours du 21ème siècle, la secte Elohim, promettant l'immortalité à ses adeptes finit par supplanter les religions traditionnelles beaucoup trop contraignantes. Au sein de cette secte, qui fait plus que penser aux Raéliens, les membres sont en quête d'espérance. Solution : le clonage. Chacun d'entre eux, lorsqu'il se sent devenir vieux, livre un échantillon d'ADN et un récit de vie à la secte afin d'être cloné un jour et réapparaître sous la forme d'un néo-humain. Et ainsi de suite tous les cinquante ans.

La plus grosse partie de ce roman est construite autour du récit de vie de Daniel1. Un récit lu et commenté quelques 2000 ans plus tard par Daniel24 et Daniel25, ses lointains clones. Daniel1 – sosie de Houellebecq – est un humoriste odieux et cruel, qui se shoote au pastis –Tranxène et porte un regard féroce et acéré sur le monde contemporain. Un homme cynique, désabusé qui commence à vieillir et qui dresse un portrait noir et désenchanté de notre époque contemporaine.

Ce roman de Houellebecq est, selon moi, un condensé de tous les thèmes abordés dans ses romans précédents : la description de l'ennui de notre époque, le clonage, la secte des Raéliens et l'amour et les femmes. L'amour ici est plus qu'envisagé. Daniel1, ce héros vieillissant, va aimer deux femmes : Isabelle, l'intelligence et Esther, 25 ans plus jeune que lui, l'érotisme. Mais d'aimer à souffrir, il n'y a toujours qu'un pas…

Toujours aussi dans les romans de Houellebecq une place prépondérante est réservée au sexe. Mais cette fois, il l'envisage à travers le vieillissement, un thème omniprésent dans ce livre.

On y trouve aussi la description des pratiques des Elohimites, et derrière une apparente sympathie transparaît une vision critique. Il nous brosse, de manière cynique, le fonctionnement, les mécanismes de recrutement et de fidélisation des adeptes d'une secte. Et même si Daniel1 participe au devenir de la secte, il le fait toujours avec une certaine distance.

A l'issue de la lecture, on a l'impression d'avoir lu un roman ambitieux, tantôt émouvant, fulgurant, tantôt désespérant, écoeurant. Les dernières pages sont vraiment magnifiques, celles où, mû par la possibilité de l'existence d'une île, Daniel 25 erre avec le petit chien Fox, indécis, dans une Espagne ravagée et irradiée par les variations climatiques (déjà) et par les guerres et violences passées, au milieu des derniers humains survivants, retournés à l'état sauvage. Et si finalement cette île tant recherchée était l'amour?

Ecriture toute en contrastes aussi. Je vous fait grâce des longs passages de sexe, vulgaires et détaillés à souhait, des nombreuses phrases assassines ("Dieu existe, j'ai marché dedans"), pour vous en extraire un poème qui exprime parfaitement ses angoisses face à la vieillesse.

Il n'y a pas d'amour (pas assez pas assez)

Nous vivons sans secours,

Nous mourons délaissés.

L'appel à la pitié

Résonne dans le vide

Nos corps sont estropiés

Mais nos chairs sont avides.

Disparues les promesses

D'un corps adolescent,

Nous entrons en vieillesse

Où rien ne nous attend.

Que la mémoire vaine

De nos jours disparus,

Un soubresaut de haine

Et le désespoir nu.

Inutile d'ajouter que j'ai adoré ce livre !